30/03/2009

Un vent de Folie

mal

 

Je viens de refermer la page « Actualité » d’internet. On parlait d’une étude qui venait d’être menée dans les établissements scolaires du pays. Selon les résultats, il y aurait en moyenne 20 psychopathes par établissement scolaire. Ca fait peur, c’est sûr.

C’est effrayant de penser qu’un institut universitaire n’attende même plus avant qu’on soit adulte pour trier la population, pour séparer les bons des mauvais. C’est épouvantable de se dire qu’il existe même des statistiques pour ces tris. A quand les appellera-t-on des quotas ?

Je sais ce que la plupart des gens vont ressentir en lisant cet article. Si ce sont des parents ou des grands-parents, ils auront des frissons dans le dos en se demandant si le meilleur ami de leur enfant est normal, si leur petit protégé ne court pas de risque.

Ca peut se comprendre. Ils veulent protéger ce qu’ils ont de plus cher.

Je n’ai pas d’enfant. Pas encore. Je suis seulement le parrain d’un petit bout de 2 ans. Je ne me fais pas de soucis pour lui. Il rencontrera peut-être 20 psychopathes dans son école, peut-être des centaines dans toute sa vie. Quel risque est-ce qu’il peut bien courir quand la vie est déjà aussi chienne entre gens « normaux » ?

On reste toujours un produit manufacturé. L’être humain est vivant mais il sort d’une chaine de montage aussi bien qu’une voiture Ford ou qu’un jouet. Une chaine de construction pour réaliser la machine, assembler les pièces, puis lui faire retenir son programme.

On grandit, on apprend, on est même régulièrement testé. Bien sûr, il n’est pas écrit Made in Taïwan sur ma fesse gauche. On est marqué mais bien plus profondément. Dans la chair, au cœur de ce bourdonnement qui résonne à l’intérieur de mon crane, j’entends toujours cette sonnette d’alarme, ce Big Brother is Watching you : LE BRUIT DE LA SOCIETE.

Alors, ce qui peut encore me faire peur quand je lis qu’une vingtaine de psychopathes se cachent dans les écoles, soit environ deux pour cent de la population, ce qui me terrorise, c’est de savoir dans quel groupe je figure.

On dit qu’ils sont manipulateurs, qu’ils ne connaissent pas l’amour, la peur ou d’autres émotions. Ils sont capables de mentir comme personne et n’ont aucun problème de conscience. On dit aussi qu’il est impossible de prévoir ce qu’ils deviendront à l’âge adulte.

Ca fait deux ans que je suis à l’université…

 

C’est bien la pire folie que de vouloir être sage dans un monde de fous, disait Erasme.

 

 

17/03/2009

Bruges-la-Morte

BrugesMorte

Un écrivain belge à l’honneur cette semaine, l’un des plus grands auteurs-poètes d’Europe, George Rodenbach avec son roman Bruges-la-Morte, parangon sublime du symbolisme.

Bonne lecture.

Pour lire la présentation de l'ouvrage, cliquez ici.

 

Le jour déclinait, assombrissant

les corridors de la grande demeure

silencieuse, mettant des écrans de crêpe

aux vitres.

Hugues Viane se disposa à sortir,

comme il en avait l’habitude quotidienne

à la fin des après-midi. Inoccupé, solitaire,

il passait toute la journée dans sa chambre,

une vaste pièce au premier étage,

dont les fenêtres donnaient sur le quai du Rosaire,

au long duquel s’alignait sa maison, mirée

dans l’eau.

Il lisait un peu : des revues, de vieux livres;

fumait beaucoup; rêvassait à la

croisée ouverte par les temps gris, perdu

dans ses souvenirs.

Voilà cinq ans qu’il vivait ainsi, depuis

qu’il était venu se fixer à Bruges, au

lendemain de la mort de sa femme. Cinq

ans déjà ! Et il se répétait à lui-même :

« Veuf! Être veuf! Je suis le veuf! » Mot

irrémédiable et bref! d’une seule syllabe,

sans écho. Mot impair et qui désigne bien

l’être dépareillé.

Pour lui, la séparation avait été terrible :

il avait connu l’amour dans le luxe, les loisirs,

le voyage, les pays neufs renouvelant

l’idylle. Non seulement le délice paisible

d’une vie conjugale exemplaire, mais la   

passion intacte, la fièvre continuée,

le baiser à peine assagi, l’accord des âmes,

distantes et jointes pourtant, comme les

quais parallèles d’un canal qui mêle leurs

deux reflets.

Dix années de ce bonheur, à peine

senties, tant elles avaient passé vite!

Puis, la jeune femme était morte,

au seuil de la trentaine, seulement alitée

quelques semaines, vite étendue sur ce lit

du dernier jour, où il la revoyait à jamais :

fanée et blanche comme la cire l’éclairant,

celle qu’il avait adorée si belle avec son

teint de fleur, ses yeux de prunelle dilatée

et noire dans de la nacre, dont l’obscurité

contrastait avec ses cheveux, d’un jaune

d’ambre, des cheveux qui, déployés, lui

couvraient tout le dos, longs et ondulés.

Les Vierges des Primitifs ont des toisons

pareilles, qui descendent en frissons

calmes.

George Rodenbach, Bruges-la-Morte, Chap I, les premières lignes.