18/05/2009

Des souris et des hommes

Of Mice and men

 

« Et nous pourrions avoir quelques cochons. J'pourrais construire un fumoir comme celui qu'avait grand-père, et, quand on tuerait le cochon, on pourrait fumer le lard et le jambon, et faire du boudin et un tas d'autres choses. Et quand le saumon remonterait la rivière, on pourrait en attraper un cent et les saler et les fumer. On pourrait en manger au premier déjeuner. Y a rien de meilleur que le saumon fumé. À la saison des fruits, on pourrait faire des conserves... les tomates, c'est facile à mettre en conserves. Tous les dimanches, on tuerait un poulet ou un lapin. Peut-être bien qu'on aurait une vache ou une chèvre, et de la crème si épaisse qu'il faudrait la couper au couteau et la prendre avec une cuillère. »

« Oui, on aurait une petite maison et une chambre pour nous autres. Un petit poêle en fonte tout rond, et, l'hiver, on y entretiendrait le feu. Y aurait pas assez de terre pour qu'on soit obligé de travailler trop fort. Six ou sept heures par jour, peut-être bien. On aurait pas à charger de l'orge onze heures par jour. Et, quand on planterait une récolte, on serait là pour la récolter. On verrait les résultats de nos plantations.
- Et les lapins, dit Lennie ardemment. Et c'est moi qui les soignerais. Dis-moi comment que je ferais, George ?
- Bien sûr, t'irais dans le champ de luzerne avec un sac. Tu remplirais le sac et tu l'apporterais dans les cages aux lapins.
- Et ils brouteraient, ils brouteraient, dit Lennie, comme ils font, tu sais. J'les ai vus. »

 

Des souris et des hommes, avec Les raisins des la colère, les oeuvres les plus connues de l'écrivains américain John Steinbeck, prix Nobel de littérature, histoire simple, tendre et humaine à découvrir absolument. Venez lire la présentation en cliquant ici.

12/05/2009

Chateaubriand, Atala, René, Le dernier des Abencerage

atala

 

 

  Lorsque Boabdil, dernier roi de Grenade, fut obligé d'abandonner le royaume de ses pères, il s'arrêta au sommet du mont Padul. De ce lieu élevé on découvrait la mer où l'infortuné monarque allait s'embarquer pour l'Afrique ; on apercevait aussi Grenade, la Véga et le Xénil, au bord duquel s'élevaient les tentes de Ferdinand et d'Isabelle. A la vue de ce beau pays et des cyprès qui marquaient encore çà et là les tombeaux des musulmans, Boabdil se prit à verser des larmes. La sultane Aïxa, sa mère, qui l'accompagnait dans son exil avec les grands qui composaient jadis sa cour, lui dit :  " Pleure maintenant comme une femme un royaume que tu n'as pas su défendre comme un homme. " Ils descendirent de la montagne, et Grenade disparut à leurs yeux pour toujours.
Les Maures d'Espagne, qui partagèrent le sort de leur roi, se dispersèrent en Afrique. Les tribus des Zégris et des Gomèles s'établirent dans le royaume de Fez, dont elles tiraient leur origine. Les Vanégas et les Alabès s'arrêtèrent sur la côte, depuis Oran jusqu'à Alger ; enfin les Abencérages se fixèrent dans les environs de Tunis. Ils formèrent, à la vue des ruines de Carthage, une colonie que l'on distingue encore aujourd'hui des Maures d'Afrique, par l'élégance de ses mœurs et la douceur de ses lois.
Ces familles portèrent dans leur patrie nouvelle le souvenir de leur ancienne patrie. Le Paradis de Grenade vivait toujours dans leur mémoire, les mères en redisaient le nom aux enfants qui suçaient encore la mamelle. Elles les berçaient avec les romances des Zégris et des Abencérages. Tous les cinq jours on priait dans la mosquée, en se tournant vers Grenade. On invoquait Allah, afin qu'il rendît à ses élus cette terre de délices. En vain le pays des Lotophages offrait aux exilés ses fruits, ses eaux, sa verdure, son brillant soleil ; loin des Tours vermeilles, il n'y avait ni fruits agréables, ni fontaines limpides, ni fraîche verdure, ni soleil digne d'être regardé. Si l'on montrait à quelque banni les plaines de la Bagrada, il secouait la tête et s'écriait en soupirant :  " Grenade ! "
Les Abencérages surtout conservaient le plus tendre et le plus fidèle souvenir de la patrie. Ils avaient quitté avec un mortel regret le théâtre de leur gloire, et les bords qu'ils firent si souvent retentir de ce cri d'armes :  " Honneur et Amour. " Ne pouvant plus lever la lance dans les déserts, ni se couvrir du casque dans une colonie de laboureurs, ils s'étaient consacrés à l'étude des simples, profession estimée chez les Arabes à l'égal du métier des armes. Ainsi cette race de guerriers qui jadis faisait des blessures s'occupait maintenant de l'art de les guérir. En cela elle avait retenu quelque chose de son premier génie, car les chevaliers pansaient souvent eux-mêmes les plaies de l'ennemi qu'ils avaient abattu.
La cabane de cette famille, qui jadis eut des palais, n'était point placée dans le hameau des autres exilés, au pied de la montagne du Mamélife ; elle était bâtie parmi les débris mêmes de Carthage, au bord de la mer, dans l'endroit où saint Louis mourut sur la cendre, et où l'on voit aujourd'hui un ermitage mahométan. Aux murailles de la cabane étaient attachés des boucliers de peau de lion, qui portaient empreintes sur un champ d'azur deux figures de sauvages, brisant une ville avec une massue. Autour de cette devise on lisait ces mots :  " C'est peu de chose ", armes et devise des Abencérages. Des lances ornées de pennons blancs et bleus, des alburnos, des casaques de satin tailladé étaient rangés auprès des boucliers, et brillaient au milieu des cimeterres et des poignards. On voyait encore suspendus çà et là des gantelets, des mors enrichis de pierreries, de larges étriers d'argent, de longues épées dont le fourreau avait été brodé par les mains des princesses, et des éperons d'or que les Yseult, les Guenièvre, les Oriane, chaussèrent jadis à de vaillants chevaliers.

 

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Bonne lecture

Quentin

11/05/2009

L'amant

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"Un jour,j'étais âgée déjà, dans le hall d'un lieu public, un homme est venu vers moi. Il s'est fait connaître et il m'a dit : 'Je vous connais depuis toujours. Tout le monde dit que vous étiez belle lorsque vous étiez jeune, je suis venu vous dire que pour moi je vous trouve plus belle maintenant que lorsque vous étiez jeune,j'aime moins votre visage de jeune femme que celui que vous avez maintenant, dévasté. Je crois que c'est le plus beau compliment qu'on puisse faire à une femme. Mon visage dévasté remonte pourtant à il y a longtemps, en Indochine."

Extrait de Marguerite Duras, L'Amant.

Pour en savoir plus sur cette grande dame de la littérature française, ce petit livre prix Goncourt 1984, ce petit vase d'où s'évadent des millions d'émotions, cliquez ici, vous accéderez à la présentation de l'ouvrage.

05/05/2009

Attention: élections

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De la légitimité des brigands.

 

« Sans la justice, en effet, les royaumes sont-ils autre chose que de grandes troupes de brigands ? Et qu’est-ce qu’une troupe de brigands, sinon un petit royaume ? Car c’est une réunion d’hommes où un chef commande, où un pacte social est reconnu, où certaines conventions règlent le partage du butin. Si cette troupe funeste, en se recrutant de malfaiteurs, grossit au point d’occuper des villes, de subjuguer des peuples, alors elle s’arroge ouvertement le titre de royaume, titre qui lui assure non pas le renoncement à la cupidité, mais la conquête de l’impunité. C’est une spirituelle et juste réponse que fit à Alexandre le Grand ce pirate tombé en son pouvoir.

-A quoi penses-tu, lui dit le roi, d’infester la mer ?

-A quoi penses-tu d’infester la terre, répond le pirate avec une audacieuse liberté. Mais parce que je n’ai qu’un frêle navire, on m’appelle corsaire, et parce que tu as une grande flotte, on te nomme conquérant. »

 

Saint Augustin, La cité de Dieu, Livre IV, 4

 

Parce qu’il vole une voiture dans un parking la nuit, on le dit voyou, gangster et voleur,

Parce qu’ils détournent, manœuvrent, magouillent, turbinent des millions d’euros, de dollars, de crédules derrière ces mots "Démocratie" et " Politique", ils vous feraient mettre à genou.