04/02/2010

La ballade des dames du temps jadis

heloise

 

De la moitié du XVè siècle à nos jours, retrouvez ce texte mythique du poète François de Montcorbier, dit Villon. Des rimes et des mots qui résonnent encore dans la bouche de George Brassens qui en fit une merveilleuse mélodie.

                 

 

Texte original de Villon

Modernisation

Dictes moy où, n'en quel pays,

Est Flora, la belle Rommaine,

Archipiada, ne Thaïs,

Qui fut sa cousine germaine;

Echo, parlant quand bruyt on maine

Dessus rivière ou sus estan,

Qui beaulté ot trop plus qu'humaine?

Mais ou sont les neiges d'antan?

Où est la très sage Helloïs,

Pour qui fut chastré, puis moyne

Pierre Esbaillart a Saint Denis?

Pour son amour ot cest essoyne.

Semblablement ou est la royne

Qui commanda que Buridan

Fust gecte en ung sac en Saine?

Mais ou sont les neiges d'antan?

La royne blanche comme lis,

Qui chantoit a voix de seraine;

Berte au grant pié, Bietris, Alis;

Haremburgis qui tint le Maine,

Et Jehanne, la bonne Lorraine,

Qu'Englois brulerent a Rouan;

Ou sont ilz, ou, Vierge souvraine?

Mais ou sont les neiges d'antan?

Dites-moi où, en quel pays,

Est Flora, la belle Romaine,

Alcibiade et Thaïs,

Qui fut sa cousine germaine;

Écho, qui parle quand on fait bruit

Sur la rivière ou sur l'étang,

Et qui eut beauté surhumaine.

Mais où sont les neiges d’antan ?

Où est la très sage Héloïse,

Pour qui fut châtré puis moine

Pierre Abélard à Saint Dénis?

Pour son amour il subit cette peine.

Semblablement où est la reine

Qui ordonna qui Buridan

Fût jeté en sac dans la Seine?
Mais où sont les neiges d’antan?

La reine Blanche comme lis,

Qui chantait à voix de sirène;

Berthe au grand pied, Béatrix, Aélis,

Eremberg, qui possédait le Maine,

Et Jeanne la bonne Lorraine,

Qu'Anglais Brûlèrent à Rouen,

Où sont-elles, où, Vierge souveraine?

Mais où sont les neiges d’antan?

 

03/02/2010

Le Procès, Franz Kafka

Le procès

 

 

 

Le Procès, Franz Kafka

 

Savez-vous quel est le livre le plus étrange qu’il m’aura été donné de lire ? Il s’agit du Procès de Franz Kafka. L’histoire apparemment simple d’un homme qui se réveille un jour avec deux hommes dans son appartement. Ces deux individus sont venus lui signifier qu’il était accusé et qu’il devrait bientôt en répondre lors d’un procès. Cet homme se nomme Joseph K. et selon lui, il est une erreur judiciaire, un accusé à tord.

Cette base est simple ou classique. J’emploie ces deux termes avec énormément de méfiance. Derrière ces mots, je n’essaie pas de dire que tout auteur qui parle de justice ou d’accusé à tord manque d’originalité ou se lance dans un lieu commun. Ce que j’entends par ici, c’est que ce n’est pas de ce fond que jaillit la magie de lire Kafka. La vraie source du bonheur chez cet auteur, c’est le cas dans la Métamorphose, ça l’est aussi dans le Procès, c’est cette impression que l’ouvrage a été écrit par un fou, que c’est un délire d’ivrogne ou l’illumination d’un fumeur d’opium. La notion de décalage, voici la marque de Kafka. Il écrit ces histoires dans un monde réel avec cependant un petit rien qui les rendent hallucinatoires. Depuis leur parution, elles ont faits les beaux jours des glosateurs. Ceux-ci se mettent en quête de métaphores, d’allégories, de toutes sortes de formes de style ou d’interprétations douteuses. Tous oublient que la meilleure manière de savourer Le Procès, c’est comme de se plonger dans un bain chaud. Il faut fermer les yeux, oublier le monde et se laisser entraîner par les sensations. Ainsi, si les aventures de Joseph K. vous désarçonnent, ne vous inquiétez pas et laissez-vous emporter.