03/03/2010

Lettre à un éditeur

magritte-rene-la-victoire

 

                                                                                   

                                                                                                                             

 

Objet : Envoi d’un manuscrit

 

 

Madame monsieur,

 

 

 

 

Je pense à celui ou celle qui doit lire ces lignes. Il a une page, ni plus ni moins, pour se faire une opinion de la qualité, du talent, du style d’un auteur et d’un ouvrage qu’il ne connaît ni d’Eve ni d’Adam. Tous les envois doivent commencer par ceci : « Je m’appelle monsieur X. J’ai fini un livre. Publiez-le. J’ai beaucoup d’ambition. » Et au final, la seule chose variable est ce qui se cache derrière le X. Hélas, je dois vous annoncer que je ne saurais ajouter du piment dans votre quotidien. Je me nomme Quentin Evrard. Résidence : Belgique. A vingt ans, j’ai la même passion dévorante que des centaines d’autres personnes : J’ai la plume qui me démange alors je gratte un petit peu.

 

Tout écrivain qui se respecte doit posséder au moins trois choses. Il lui faut un style, une bonne bibliothèque et, sinon de l’ambition, suffisamment de motivation pour rester seul de longues heures devant son texte. Mon style, je ne peux vous en donner ici plus qu’une mise en bouche. Si les saveurs que je dévoile vous séduisent, il vous reste un roman à déguster. De même, en ce qui concerne ma bibliothèque, ma source d’inspiration, est-ce assez de dire que je m’endors sur les mots de Rabelais,  me réveille avec Dante, mange à chaque repas, un soupçon de Machiavel, une bouchée de Marlowe et une pincée de Shakespeare ? Il parait que ma ligne d’écriture s’inspire de Jane Austen. En vérité, j’admire secrètement un Cormac McCarthy et rêve naïvement d’égaler un jour une Marguerite Duras.

Jusqu’où ai-je envie d’aller ? J’ai toujours eu envie de prendre la plume. Si je ne me suis vraiment lancé qu’il y a six mois, à l’heure où je vous écris, j’ai déjà terminé deux autres romans. L’un est la suite de celui que je vous ai fait parvenir, l’autre est une histoire inspirée par les dérives du pouvoir sur la toile de fond du mythe de la Tour de Babel.

A mon propos, je n’ai rien de plus à dire sinon que j’ai les quarante ou les cinquante prochaines années de ma vie d’auteur à mettre au profit d’un éditeur.

 

Qu’ai-je écrit ?  Le présent ouvrage n’a rien d’un roman fantastique. Pourquoi s’encombrer d’une pléthore de monstres, de sortilèges ou de dragons quand la vie réelle reste une aventure de tous les jours ? Le monde dans lequel nous vivons offre quotidiennement sa part de surprises, de souffrances et de joies.

 

 

Ainsi lorsqu’un jeune médecin tout juste diplômé en psychiatrie doit se faire une place dans le monde. Il est loin de se douter à quel point chercher un travail et trouver un appartement vont bouleverser son quotidien. Ses résultats universitaires lui ont permis d’espérer une place dans la clinique la plus réputée du monde. Mais est-ce bien une bonne chose ? L’homme qui la dirige est le plus grand des experts en psychiatrie. Sa connaissance des mécanismes de l’esprit est incomparable. Malheureusement, plutôt qu’enseigner ses connaissances, cet individu préfère s’en servir pour faire peur aux nouvelles recrues et manipuler son entourage. Quentin, notre héros, saura-t-il faire face à cette épreuve ? Et pourra-t-il dans la foulée percer les secrets de son premier patient ? Ce monsieur Drarve chez qui il a été envoyé est un vrai bougre, un malappris, un sale caractère, un vrai emmerdeur. Que se cache-t-il cependant sous cette carapace solide ? Quel souvenir douloureux habite le vieil homme ?

Roman psychologique, La Vérité profite de son décor pour bâtir une réflexion sur les notions de folie et de normalité. Mais à travers son personnage central, c’est aussi toute l’épopée d’une jeunesse qui met le pied à l’étrier et tente de se faire une place dans le monde. Enfin, comme l’indique le titre, cet ouvrage puise dans le thème délicat de la recherche de la vérité et des conséquences de cette recherche.

Faites bon accueil à ce manuscrit car tout ce que je souhaite, est qu’il paraisse bien plus qu’il ne paresse dans une bonne maison d’édition.

 

Cordialement

 

Quentin- Ecrivain89

 

 

 

 

PS : J’ai eu beaucoup de difficultés à écrire cette lettre de présentation. Comment se vendre sans paraître trop orgueilleux ? Comment rester sensible sans en devenir pathétique ? Entre ces deux extrêmes, la marge est étroite pour glisser ses vœux. Le mien est d’être publié. Néanmoins, ce désir ardent n’est pas celui de voir la consécration d’un travail. Il s’agit plutôt de cultiver le vice d’écrire des heures et des heures durant comme de trouver quelqu’un qui m’y encourage. Ainsi, me sera-t-il peut-être permis de passer ma vie comme ces fumeurs d’opium. Mes volutes de fumées seront lettres aériennes et vaporeuses qui se mélangent et s’entrechoquent pour former au hasard la jouissance d’un mot ou l’extase d’une phrase. Une vie dans le monde et hors du monde…

Tel est mon rêve, qui m’enflamme et cherche matière pour se réaliser.

03/02/2010

Le Procès, Franz Kafka

Le procès

 

 

 

Le Procès, Franz Kafka

 

Savez-vous quel est le livre le plus étrange qu’il m’aura été donné de lire ? Il s’agit du Procès de Franz Kafka. L’histoire apparemment simple d’un homme qui se réveille un jour avec deux hommes dans son appartement. Ces deux individus sont venus lui signifier qu’il était accusé et qu’il devrait bientôt en répondre lors d’un procès. Cet homme se nomme Joseph K. et selon lui, il est une erreur judiciaire, un accusé à tord.

Cette base est simple ou classique. J’emploie ces deux termes avec énormément de méfiance. Derrière ces mots, je n’essaie pas de dire que tout auteur qui parle de justice ou d’accusé à tord manque d’originalité ou se lance dans un lieu commun. Ce que j’entends par ici, c’est que ce n’est pas de ce fond que jaillit la magie de lire Kafka. La vraie source du bonheur chez cet auteur, c’est le cas dans la Métamorphose, ça l’est aussi dans le Procès, c’est cette impression que l’ouvrage a été écrit par un fou, que c’est un délire d’ivrogne ou l’illumination d’un fumeur d’opium. La notion de décalage, voici la marque de Kafka. Il écrit ces histoires dans un monde réel avec cependant un petit rien qui les rendent hallucinatoires. Depuis leur parution, elles ont faits les beaux jours des glosateurs. Ceux-ci se mettent en quête de métaphores, d’allégories, de toutes sortes de formes de style ou d’interprétations douteuses. Tous oublient que la meilleure manière de savourer Le Procès, c’est comme de se plonger dans un bain chaud. Il faut fermer les yeux, oublier le monde et se laisser entraîner par les sensations. Ainsi, si les aventures de Joseph K. vous désarçonnent, ne vous inquiétez pas et laissez-vous emporter.

 

 

27/01/2010

Larousse des Rois de France

Larousse Rois de France

Larousse des Rois de France

 

Férus d’histoire ? Larousse publie une Histoire des Rois de France. Un ouvrage qui à le don, tout en explorant la vie des grands monarques, de traverser le paysage historique du royaume très chrétien de Mérovée à Napoléon III. Découvrez comment a pu se construire la royauté ainsi que la manière dont, au fil des conquêtes ou grâce à une diplomatie bien menée, la France a gagné ses peu à peu ses frontières actuelles. Les crises, les conflits, les guerres, les alliances, les mariages, la religion, c’est ici que vous puiserez de quoi briller lors des soirées.

Ni trop savant, ni trop vulgaire, cet ouvrage s’adresse au commun des mortels. Riche en illustrations et bénéficiant de la finition soignée de Larousse, il représente un cadeau parfait à offrir ou à s’offrir.

Enfin, il est possible de le lire en parallèle avec une Histoire des Reines de France chez le même éditeur.

18/01/2010

Miguel de Cervantès, Don Quichotte

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Considéré souvent comme le premier roman européen, venez découvrir Don Quichotte de Miguel Cervantès.

 

DU BEAU SUCCÈS QUE LE VALEUREUX DON QUICHOTTE EUT EN L'ÉPOUVANTABLE ET JAMAIS IMAGINÉE AVENTURE DES MOULINS À VENT, AVEC D'AUTRES ÉVÉNEMENTS DIGNES D'HEUREUSE RESSOUVENANCE

     Là-dessus ils découvrirent trente ou quarante moulins à vent qu'il y a en cette plaine, et, dès que don Quichotte les vit, il dit à son écuyer: "La fortune conduit nos affaires mieux que nous n'eussions su désirer, car voilà, ami Sancho Pança, où se découvrent trente ou quelque peu plus de démesurés géants, avec lesquels je pense avoir combat et leur ôter la vie à tous, et de leurs dépouilles nous commencerons à nous enrichir : car c'est ici une bonne guerre, et c'est faire grand service à Dieu d'ôter une si mauvaise semence de dessus la face de la terre. —Quels géants ? dit Sancho. — Ceux que tu vois là, répondit son maître, aux longs bras, et d'aucuns les ont quelquefois de deux lieues. —Regardez, monsieur, répondit Sancho, que ceux qui paraissent là ne sont pas des géants, mais des moulins à vent et ce qui semble des bras sont les ailes, lesquelles, tournées par le vent, font mouvoir la pierre du moulin. —II paraît bien, répondit don Quichotte, que tu n'es pas fort versé en ce qui est des aventures : ce sont des géants, et, si tu as peur, ôte-toi de là et te mets en oraison, tandis que je vais entrer avec eux en une furieuse et inégale bataille. " Et, disant cela, il donna des éperons à son cheval Rossinante, sans s'amuser aux cris que son écuyer Sancho faisait, l'avertissant que sans aucun doute c'étaient des moulins à vent, et non pas des géants, qu'il allait attaquer. Mais il était tellement aheurté à cela que c'etaient des géants qu'il n'entendait pas les cris de son écuyer Sancho, ni ne s'apercevait pas de ce que c'était, encore qu'il en fut bien près, au contraire, il disait à haute voix : "Ne fuyez pas couardes et viles créatures, car c'est un seul chevalier qui vous attaque." Sur cela il se leva un peu de vent et les grandes ailes de ces moulins commencèrent à se mouvoir, ce que voyant don Quichotte, il dit: " Vous pourriez mouvoir pllus de bras que ceux du géant Briarée: vous allez me le payer " Et, disant cela, il se recommanda de tout son coeur a sa dame Dulcinée, lui demandant qu'elle le secourut en ce danger, puis, bien couvert de sa rondache, et la lance en l'arrêt, il accourut, au grand galop de Rossinante, donner dans le premier moulin qui était devant lui, et lui porta un coup de lance en l'aile : le vent la fit tourner avec une telle violence qu'elle mit la lance en pièces, emmenant apres soi le cheval et le chevalier, qui s'en furent rouler un bon espace parmi la plaine.

 

09/02/2008

Scène de crime : culture

Crime scene

Je suis assis là dans mon fauteuil de bureau. Minuit A sonné depuis plusieurs minutes à la tour de l'église. L'écran de mon ordinateur scintille projettant une lueur diaphane dans l'atmosphère. Le sommeil monte, je travaille depuis plusieurs heures sur les quelques lignes d'un texte que je dois présenter demain, une discussion sur le principe de citoyenneté, son évolution, ses idées, ses penseurs...

Je suis content de ce que j'ai écrit. Je l'étais dès le premier jet. Si je suis encore cloué sur mon siège, ce n'est pas par perfectionisme. Je n'aime pas faire trop de retouches, j'aime ce qui encore brut, ce qui vient du coeur et de l'âme. Non, ce n'est pas pour corriger que je suis encore debout.  Si je suis encore là, c'est à cause d'une phrase que m'a glissé un ami en discutant, sans faire exprès, presque par mégarde.

Il m'a dit : "Tu sais, je crois que de nos jours, penser, réaliser, mener ou pousser à la Culture est devenu un crime sévèrement puni et très, très mal vu"

 

03/02/2008

Les thanatonautes

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Depuis Les Fourmis, il s'est imposé clairement comme un des auteurs français les plus en vogue mais aussi les plus exportés à l'étranger. Bernard Werber sortait il y a peu son dernier livre Le Mystère des Dieux (qui ne devrait pas tarder à attérir sur ce site) clôturant ainsi son cycle de l'évolution où il avait chercher à savoir ce qui existait après l'homme.

Début de ses pérégrinations philosophiques et première aventure de son célèbre héros, Michael Pinson, les Thanatonautes est un roman bijou pour tout ceux qui cherchent un peu plus qu'un rêve dans un roman, pour tous ceux qui se posent des questions, réfléchissent et aiment le débat d'idées.

D'ores et déjà bonne lecture et rendez-vous sur le lien photo pour la critique complète.

Bernard Werber, Les Thanatonautes, éd Albin Michel

30/01/2008

Into the Wild

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A l'heure où Sean Penn illumine les salles obscures de son Into the Wild, pourquoi ne pas se replonger dans le livre du même nom qui plus qu'un récit d'aventure est une allumette qui servira à allumer un feu d'évasion et de rêve dans notre imaginaire mais qui nous replongera aussi dans la vie tragique et superbe de ce garçon qui un jour à réussi à se liberer des chaines de la société pour vivre son rêve. Voici, un bouquin absolument fascinant qui mérite d'être dévoré à pleines dents.

Pour la critique cliquez sur la photo.

Bonne lecture.

Jon Krakauer, Into the Wild (Voyage au bout de la solitude), éd Presse de la Cité